Le confort du consensus face à l'exigence de la réflexion

Élue pour la première fois au Conseil communal, j’ai abordé ce mandat avec une forme de naïveté, sans doute, mais surtout avec une conviction forte : celle que chaque conseillère et chaque conseiller, une fois élu et présent autour de la table, exercerait sa fonction avec réflexion, sens critique et responsabilité. La réalité m’a parfois amenée à revoir cette vision.

OPINION

Véronique Mergaux

1/13/2026

Élue pour la première fois au Conseil communal, j’ai abordé ce mandat avec une forme de naïveté, sans doute, mais surtout avec une conviction forte : celle que chaque conseillère et chaque conseiller, une fois élu et présent autour de la table, exercerait sa fonction avec réflexion, sens critique et responsabilité. Je pensais que le débat argumenté, la recherche d’informations et l’analyse des conséquences juridiques et organisationnelles de nos décisions faisaient naturellement partie de notre rôle. La réalité m’a parfois amenée à revoir cette vision.

Au fil des séances et au vu de certains votes de la majorité, j’éprouve souvent un sentiment de déception.

Non pas parce que des décisions sont prises à l’encontre de mes positions, mais parce qu’elles semblent parfois adoptées sans que le travail de réflexion, de vérification et de recherche préalable ait été pleinement mené. Ce que nous décidons aujourd’hui engage durablement notre commune, son fonctionnement, mais aussi le respect des principes de transparence, de bonne gouvernance et de légalité.

Lorsque je prends la parole pour questionner le bien fondé ou la légalité d’une décision, ma démarche n’est ni polémique ni politicienne. Elle se veut avant tout constructive et, je l’espère, pédagogique.

Chercher, vérifier, confronter un projet aux règles en vigueur ne devrait pas être perçu comme un frein ou une attaque, mais comme une exigence normale dans la gestion d’une collectivité publique. Pour moi, il ne s’agit pas de « faire de la politique », mais de faire correctement notre travail de gestionnaires, dans le respect des lois et des responsabilités qui nous ont été confiées par les citoyennes et les citoyens.

Il m’a été dit récemment que mes efforts pour conscientiser les autres conseillers seraient vains, qu’un élu de la majorité ne voterait jamais contre son groupe. Je refuse d’accepter cette idée comme une fatalité. Chaque conseiller est libre de son vote et responsable de ses décisions. Être fidèle à un groupe ne devrait jamais signifier renoncer à sa capacité de réflexion personnelle ni devenir un simple exécutant docile.

Continuer à interpeller, à expliquer, à rappeler les règles et les enjeux me donne parfois le sentiment de parler dans le vide.

Lire consciencieusement chacun des dossiers qui nous est présenté et faire les recherches d’informations s’y rapportant prend du temps. Pourtant, je reste convaincue que c’est aussi cela, l’engagement politique au sens noble : assumer son rôle avec rigueur, honnêteté intellectuelle et respect du cadre légal, même lorsque le confort du consensus l’emporte sur l’exigence de la réflexion.

En ce début d’année 2026, j’adresse mes vœux à toutes et à tous. J’ose surtout formuler le souhait que chaque élue et chaque élu refuse la facilité d’un rôle purement exécutif et assume pleinement sa responsabilité : travailler, préparer, s’informer, réfléchir et voter en son âme et conscience.